jeudi 6 septembre 2012

La dernière ligne droite.


Il pleut sur Peyriac... Et ce n'est pas trop tôt. Jeudi, il est enfin tombé douze millimètres sur ce petit coin de Minervois, assoiffé par les épisodes caniculaire de la fin août. Une goutte d'eau, c'est le cas de le dire. D'autant que la grêle était, elle aussi,
de la partie.
"On a été touché, constate Jean-Baptiste Senat. Rien de catastrophique comparé à d'autres (Madiran en juin, Saint Chinian, Pézenas et Faugères cette fois, ndla), mais j'ai un peu de dégâts dans les Carignans. Des grains éclatés... Avec risque de moisissures. Du coup, lundi, on traitera à l'argile."
Un traitement de plus pour une année qui n'aura ménagé ni les hommes ni les vignes. Il n'empêche... Cette pluie, n'a pas fait que du mal:
"Franchement, même si ça n'a duré qu'un quart d'heure, on prend tout de même, tempère le vigneron de Trausse. C'est presque inespéré pour les vignes. Cette humidité, c'est toujours ça de pris pour un raisin qui commençait à souffrir très fort. En plus, c'est là que le travail paie: seuls les sols meubles, bien labourés, aérés, profiteront de l'aubaine".
Cette tension des derniers jours avant vendanges, on la retrouve à peine 30 kilomètres au sud-ouest, chez les Palacios. Adossés à la Malepère (350 mètres au dessus du niveau de la mer), ils ont bien sûr profité de la fraîcheur des nuits. Mais là aussi le soleil a cogné fort. Il a fait si chaud en août que "les frênes sèchent sur place", observent les habitués.
"Par deux fois on a touché des 35 degrés à l'ombre, explique Frédéric Palacios qui, hernie discale oblige, parcourt ses vignes harnaché dans une ceinture de contention. 35 degrés, c'est beaucoup pour des terres qui n'ont pas stocké suffisamment d'eau l'hiver dernier. Du coup, les vignes sont en stress... Et nous aussi!"
A Arzens, les voisins ont déjà commencé les vendanges. Les premiers blancs sont déjà en route pour le Val de Loire: ils finiront en mousseux. Très peu pour Frédéric qui tient à son appellation comme à la prunelle de ses yeux. Les chasans (ci-dessous à gauche) mûrissent trop vite, les grappes sont lourdes de fruits, tant pis. Le vigneron croit avoir trouvé la parade:
"Je vais accélérer la cadence et faire deux vendanges sur les blancs: une première dés la semaine prochaine. Une autre d'ici quinze jours. Je vais aussi ramasser les grappillons (petites grappes peu développées et vertes, ndla), que j'ajouterai aux raisins vendangés mûrs. Ça donnera aux vins l'acidité dont ils risquent de manquer".
Pourtant Frédéric continue à croiser les doigts. Il rêve qu'un bel orage, une pluie généreuse, vienne redonner du souffle à ses vignes:
"Mais un orage, un vrai, précise-t-il. Sinon, c'est comme pisser en l'air..."
Un orage. Mais surtout pas de grêle... Il ne manquerait plus que ça.

Dégustation: Dupéré Barrera, Terres de Méditerranée 2006

Nom du vin : Dupéré Barrera, Terres de Méditerranée 2006


Cépage: Mélange, Syrah - Shiraz, Grenache, Cabernet Sauvignon, Tempranillo
Producteur: Dupéré Barrera, Terres de Méditerranée
Millésime: 2006
Région: Languedoc-Roussillon
Pays: France
Catégorie: Rouge
Alcool %: 13.5
Date de dégustation: 2008/09
Prix: 15.25$ CAN
Ce vin n’est pas disponible au Nouveau-Brunswick mais au Québec on pourra le trouver à la SAQ.
Code SAQ : 1050710

La note Le Tire Bouchon : 88

Notes de dégustation: Le vin de 2007 au Québec. L'extase d'un chroniqueur de bonne renommée et le tour était joué pour que ce soit la rué vers ce vin. Il y a eu pénurie sur les tablettes et on connait la suite. Ça faisait longtemps que je tentais de mettre la main sur une bouteille et j'ai pu enfin réaliser ce souhait la semaine dernière à Québec afin d'assouvir ma curiosité. Malheureusement c'est un peu comme un bon film que tout le monde a vu, on a tendance à se faire des attentes. J'ai dégusté ce vin en arrivant du travail vendredi, confortablement disposé à me laisser séduire. La couleur d'intensité moyenne rubis aux reflets un peu violacés me faisait déjà saliver. Un nez un peu vert car l'alcool a tendance à dominer mais tranquillement on peu saisir les arômes de menthe, de violette et les cerises noires. En bouche le vin semble capiteux en attaque mais le tout s'équilibre pour devenir velouté au palais avec la présence du fruit et de la souplesse en fin de bouche. Un peu poivré, il m'a satisfait mais je dois dire que j'aime bien mon Borsao Crianza dans la même gamme de prix. Sans être déçu, j'ai bien aimé mais j'avais quand mëme l'impression de connaître l'histoire.
Je vais surveiller quand même les prochains millésimes.

Accord mets et vins: Un osso buco, le sauté de porc aux pruneaux, le ragoût de boeuf à la bière, les cailles sautées avec riz aux champignons, l'entrecôte sauce au poivre vert ou les côtelettes d'agneau au porto.

Le retour de Torquemada


Il n'y va pas de main morte, Michel Bettane. Cette semaine dans l'Express, un verre à la main entre deux pubs pour les foires au vin, il assène que "le vin bio n'existe pas". Ni le "bio", ni le "nature", ni - pratiquement - le "sans soufre", qu'il accuse d'être le cache-sexe organique d'"une petite bande de prescripteurs sincères mais illuminés". Plus "authentiques", "plus digestes", moins truffés de pesticides, les vins natures? Que nenni, affirme le dégustateur. Rien ne le prouve... Tout ne serait que "fantasmes et mauvaise foi". D'ailleurs, ajoute-t-il:
"les vins reconnus par tous comme exprimant de manière remarquable leurs origines ne sont-ils pas régulièrement produits à partir de raisins non-bio?"
On espérait qu'avec l'âge Saint Michel, pourfendeur des "bio-cons" mais amateur sincère de Richaud - et il comme il l'avoue lui-même des Breton, de Lapierre et de Gramenon - fasse un jour sa révolution copernicienne et reconnaisse le bien-fondé d'une démarche qui revendique le terroir et son respect comme source de plaisir. Las: 2009 ne sera pas l'année de la Révélation, seulement celle du grand retour de Torquemada.

P.S. : L'express a visiblement trouvé la charge tellement lourde, qu'il a assorti l'interview d'un petit encadré pied-de-nez. On peut y découvrir cinq bonnes adresses parisiennes pour "Acheter et déguster des vins "natures"". Histoire de faire mentir Maître Bettane ?