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samedi 20 octobre 2012

Des racines irlandaises à Lynch-Bages dans Pauillac


En visitant Bordeaux et ses châteaux, nous avons fait des découvertes qui dépassaient le seul plaisir de déguster des grands vins. Après avoir visité plus d’une dizaine de propriétés en moins d’une semaine, je savoure tout autant les détails concernant l’histoire de ces domaines que les vins eux-mêmes.  Ce qui est fascinant dans ce voyage à travers des siècles de culture de la vigne dans le bordelais, j’apprends  que plusieurs propriétés ont été développées sous l’influence d’étrangers.  C’est le cas du Château Lynch-Bages  qui a suscité mon intérêt. John Lynch, un Irlandais de naissance, a quitté Galway en 1691 pour s’établir dans le Médoc.  Curiosité, mon ancêtre, William Griffin, provenait de Galway et était marié à une dénommée Mary Lynch.  Impossible pour moi de remonter dans l’arbre généalogique pour valider un lien de parenté quelconque, mais je peux confirmer mon goût pour les vins de ce cinquième grand cru classé de Pauillac.
En pleine dégustation à Lynch-Bages


De l’Irlande jusqu’aux mains des Cazes

En fait, ce n’est pas John Lynch qui a donné son nom au Château, mais bien son fils, Thomas-Michel Lynch qui hérite en 1749 d'un domaine viticole venant de sa femme Élisabeth Drouillard.  Celle-ci était la fille du trésorier de France, soit Pierre Drouillard. Le domaine demeura la propriété de la famille Lynch pendant plus de trois quarts de siècle.  Le comte Jean-Baptiste Lynch  hérite du domaine en 1779 lors de son mariage et en confie la gestion à son frère, le chevalier Michel Lynch, maire de Pauillac pendant la Révolution française.   Jean-Baptiste occupa lui aussi un poste semblable en 1908,  mais à la mairie de la Ville de Bordeaux. À sa mort, le domaine Lynch est partagé en deux : le Château Lynch-Bages et le Château Lynch-Moussas.  Le Château Lynch-Bages deviendra, suite à un héritage de la famille Cayrou, un domaine appartenant au Général Félix de Vial jusqu'en 1934. Aujourd’hui géré par Jean-Michel Cazes, le Château Lynch-Bages appartient à la famille depuis 1934.


Le vignoble et ses secrets

Curieusement, en matinée, nous parcourions le Château Talbot, appellation voisine de Saint-Julien, qui porte le nom d’un chef d’armée anglaise et quelques minutes plus tard, nous retrouvons encore l’influence des anglophones dans l’histoire de ce château de Pauillac.  À notre arrivée, la responsable des visites nous fera découvrir un peu les détails techniques relatifs au vignoble. Le Château Lynch-Bages cultivent ses vignes sur des croupes graveleuses et l’encépagement est dominé à 75 % par du Cabernet sauvignon, 17 % Merlot, 6 % Cabernet Franc et de 2 % Petit Verdot. Le vignoble s’étend sur près de 100 hectares dans la commune de Pauillac au sud et au sud-ouest de la ville qui porte le même nom. Le Château Lynch-Bages est situé à 50 km au nord de la Ville de Bordeaux.

Le domaine produit un second vin rouge dénommé Écho de Lynch-Bages. Une petite parcelle de 6 hectares est plantée de cépages blancs constituée à 53% de Sauvignon blanc, 32% de Sémillon et à 15% de Muscadelle.  Le blanc commercialisé par ce domaine est connu sous le nom de Blanc de Lynch-Bages.  L’âge moyen des vignes est d’une vingtaine d’années pour le blanc et d’une trentaine pour les rouges.  Les plus anciennes vignes en rouge ont une soixantaine d’années.


Un terroir d’exception

L'Appellation « Pauillac » s'étend sur quelque 1 200 hectares situés aux abords immédiats de la ville du même nom, en bordure de l'estuaire de la Gironde. Elle ne compte pas moins de trois des quatre Premiers Crus Classés du Médoc, ainsi que quinze Crus Classés en 1855.   Avec des noms mythiques comme Lafite, Mouton-Rothschild, Pontet-Canet et, Latour, les deux Pichon et Lynch-Bages, il est facile de reconnaître la qualité exceptionnelle de ce terroir.  Près d’une trentaine de personnes œuvrent au  quotidien dans les activités de suivi du vignoble.  Dans un souci d'évolution durable, l'agriculture  raisonnée est pratiquée sur la propriété.


Le cuvier et les chais
L'ancien cuvier de Lynch-Bages

Pas moins de 35 cuves de tailles différenciées permettent le traitement séparé de chaque parcelle ou de chaque lot homogène de raisins.  La phase de la fermentation malolactique est conduite pour un tiers en barriques et deux tiers en cuves. Dans le but de séparer le vin fin des lies, cinq à six « soutirages » manuels seront pratiqués pendant l'élevage des vins en barriques. Le Château Lynch-Bages est composé, selon les années, de 75 à 85 % de Cabernet Sauvignon, de 10 à 15% de Merlot, de 5 à 10% de Cabernet Franc et de 2% de Petit Verdot.  C’est un vin destiné ordinairement à une longue période de garde. Pour le millésime 2011, on a droit à un vieillissement en fûts de chêne neuf à 75% alors que l’autre proportion est vieillie dans une barrique qui en est à sa seconde utilisation.  Il importe de préciser que le domaine fait appel à 9 tonneliers différents qui utilisent tous une chauffe moyenne des barriques.  Quant au second vin, Echo de Lynch-Bages, il sera composé de 50 à 60% de Cabernet Sauvignon, 25 à 30% de Merlot et de 15 à 20 % de Cabernet Franc.  Élevé en barriques d’un seul vin sur une période de douze à quinze mois, il bénéficie des mêmes soins que le grand vin.   Lynch-Bages produit en moyenne 450 000 bouteilles annuellement dont environ 300 000 pour le grand vin, 150 000 pour le second.  On ajoute à cela près de 20 000 bouteilles du blanc.

Un trésor pour les visiteurs 

La présence d'un véritable musée de la viticulture
Ce qui est bien dans le cas de Lynch-Bages, c’est que la propriété est ouverte aux visiteurs 7 jours sur 7, sur rendez-vous.  De plus, vous pourrez découvrir un véritable petit musée de la viticulture traditionnelle.  On a d’ailleurs conservé plusieurs équipements dont la présence du vieux cuvier, l'un des rares équipements vinicoles anciens demeurés intacts jusqu’à nos jours.  Ce cuvier  est présent dans un bâtiment datant de la fin du XVIe siècle et au rez-de-chaussée,  vous  pourrez aussi observer les « brouettes à bouteilles » utilisées autrefois pour transporter les bouteilles dans les chais.   Il y a aussi en exposition un système de pesage des barriques qui servait à vérifier la contenance des barriques à une époque où la plupart des livraisons au négoce se faisaient en fûts. Autre particularité de cet endroit, c’est la présence de l’un des tout premiers filtres œnologiques, datant du début du XXe siècle. Vous pourrez aussi observer à l’étage le savoir de Théophile Skawinski qui fut à l’époque, le gérant inventif de plusieurs propriétés du Médoc.  De plus, des outils comme l’ancienne table d’égrappage,  le système de pressage hydraulique et la grue servant à acheminer le raisin jusqu'au sommet des cuves sont aussi accessibles.  

Le village de Bages et ses attraits
L’oenotourisme est bien présent chez Lynch-Bages qui ouvre ses portes aux visiteurs du monde entier depuis plus de 30 ans, ce qui n’est pas le cas partout dans les grands domaines ayant le statut de grand cru classé du Médoc.  Un autre plus pour la région, c’est la mise en valeur du village de Bages qui était jadis un haut-lieu du vignoble pauillacais.  La présence du Café Lavinal (café-brasserie), d’une boulangerie traditionnelle, d’une boutique du vin et des arts de la table, d’une aire de jeux pour enfants et bien d’autres,  font du village un attrait touristique des plus agréables.  Crushpad Bordeaux est aussi présent depuis peu dans cette aventure,  alors que Lynch-Bages  est partenaire du projet. (Référence : texte du 3 octobre dernier.)  Il est même possible de visiter Lynch-Bages durant la période des vendanges.   Autre particularité intéressante de ce domaine, on y propose des cours thématiques pour en apprendre davantage sur le vin.


La dégustation :

Photo de Gilbert Martin-Guillou
Nous voilà au moment de sortir les verres et de déguster les vins de la propriété.  Il importe de préciser que nous avons eu aussi la chance de déguster un vin de l’appellation Saint-Estèphe, dont la propriété a été acquise en 1940 par la famille Cazes.  Le Château Les Ormes de Pez doit son nom à un magnifique bouquet de grands ormes aujourd'hui disparus. Le vignoble s’étend sur plus d’une trentaine d’hectares cultivés sur des graves garonnaises.

Quant à la dégustation,  nous avons été en mesure de déguster le grand vin (2004) mais aussi le second, soit Écho de Lynch-Bages.  On nous précise d’ailleurs que le second vin arbore un nouvel étiquetage depuis 2008 afin de favoriser davantage le marketing et diminuer la confusion pouvant exister avec d’autres domaines comme Bages-Libéral et autres.  D’ailleurs, le Château Lynch-Bages consacre ses activités commerciales à plus de 60% à l’exportation.   Le changement d’étiquette a aussi été effectué pour le vin Les Ormes de Pez.  Lors de notre arrêt au Café Lavinal, pour nous restaurer, nous avons savouré un millésime 2004 et aussi un 2005 avec notre guide avant le repas. À mon retour au Canada,  j’ai succombé au charme de ce superbe vin : trois bouteilles du millésime 2009 ont trouvé leur place dans mon cellier!


Nous avons ensuite pris la direction de notre dernière destination de la journée avec un autre château de l’appellation Pauillac, soit celui de Pichon Longueville. 

mardi 16 octobre 2012

Château Talbot : au cœur de l’appellation Saint-Julien


Cette magnifique propriété de 150 hectares est en plein cœur de l’appellation Saint-Julien qui est aussi connue pour être le point le plus élevé de cette dernière.   Le Château Talbot est aujourd’hui dirigé par une quatrième génération de Cordier.  En 1917,  ce domaine acquis par Désiré Cordier, l’un des plus importants marchands de vin de la place de Bordeaux, a été à l’origine de l’ascension de la renommée du château, déjà fier de son rang de 4e grand cru du classement de 1855.  Désiré Cordier avait aussi fait l’acquisition en 1917  du Château Lafaurie-Peyraguey et du Château Gruaud-Larose.
Château Talbot bientôt centenaire sous le règne des Cordier

C’est cependant à un chef de l’armée royale anglaise, John Talbot, que le Château Talbot doit son nom.  C’est au XVe siècle que le connétable John Talbot viendra notamment camper en ces lieux avec ses troupes. Ce commandant de l'armée royale a été défait et tué en 1453 durant la Guerre de Cent Ans, lors de la bataille de Castillon.  C’est cependant  la famille du marquis d'Aux de Lescout qui va développer le domaine viticole pendant près de deux siècles.

La visite avec le directeur général

Lors de mon passage au Château Talbot, avec ma conjointe et notre photographe Gilbert Guillou-Martin, nous avons eu la chance d’être reçus par le directeur général de Talbot, soit Monsieur Jean-Pierre Marty.   Nous sommes d’abord allés prendre connaissance de l’étendue du vignoble.  Bien que la propriété soit de 150 hectares, c’est 110 hectares de vignes qui sont en production dans ce vignoble d’un seul tenant, voisin de non-moins prestigieux domaines comme Château Latour, Château Pichon Baron et la Comtesse de Lalande. Talbot borde également le domaine frère de Gruaud-Larose.  La propriété de Talbot possède 106 hectares en rouge et 4 en blanc avec la Gironde qui passe à proximité. L’appellation Saint-Julien fait près de 900 hectares qui appartiennent à 23 producteurs dont 80% de l’appellation est représentée par 11 grands crus classés.  Pour les cépages en rouge du Château Talbot, plus du deux tiers sont plantés en Cabernet sauvignon (68%),  près du tiers en Merlot (28%) et une faible quantité de Petit verdot (4%).   La proportion des cépages en blanc est dominée à 80% par le Sauvignon blanc, versus 20% pour le Sémillon. 

La visite s’est poursuivie dans les installations intérieures du domaine avec M. Marty.  Nous avons de même visité l’endroit consacré à la réception des vendanges. Cette période de l’année nécessite de 150 à 200 personnes pour récolter le raisin.   On fait appel à des équipes de façon progressive en fonction de la maturité et des différentes parcelles lors de cette période cruciale à la fin de l’été.   On va trier les raisins à plusieurs reprises et même carrément laver ces derniers.  Une sélection va donc se faire par flottaison alors que les moins bons raisins et ceux abîmés ne seront pas conservés.  On pourra ainsi réduire de 5 à 10% la quantité de raisins récoltés, ce qui n’est pas une pratique que plusieurs châteaux favorisent.  Notre visite au cuvier nous a donné l’opportunité de voir cet immense fût de bois que l’on utilise pour une grande partie de la vinification.

Des travaux dans l’air pour le 100e anniversaire

Le vin est vinifié dans un cuvier en bois traditionnel mais on utilise aussi un cuvier en inox notamment pour les assemblages.   On va d’ailleurs détruire bientôt la partie la plus ancienne du cuvier de bois, pour reconstruire des fûts plus modernes.  On favorise le bois chez Talbot, car cela offre moins de compactage à l’intérieur et produit une meilleure extraction et une meilleure homogénéité en comparaison avec l’inox.  Nous allons ensuite visiter le chai à barrique qui abrite des barriques provenant de près de huit différents tonneliers.  Au moment de notre passage, le millésime 2011 n’était pas entreposé au même endroit, car on procède aussi à des travaux sur la propriété.  Pour célébrer sous peu les cent ans de l’acquisition de Talbot par la famille Cordier, on a entrepris la construction d’un nouveau chai moderne. Nous avons eu la chance de voir une portion du résultat et quel style impressionnant!  Le vieux chai va être détruit et remplacé par une cour d'honneur. Les travaux amorcés en 2010 s'effectuent étape par étape et devraient se poursuivre jusqu'aux vendanges de 2014.
La modernité s'implante dans les chais

Soulignons que le grand vin du Château Talbot est élevé en fût de chêne de 14 à 15 mois en utilisant près de 50% de fûts neufs et l’autre moitié avec des barriques d’un vin.   Pour le  second vin appelé Connétable Talbot, le vin sera élevé seulement 12 mois en barrique, et avec seulement 15% de fûts neufs.  J’ai eu la chance de consommer ces vins à quelques reprises dont le Connétable 2005 que j’avais acheté il y a quelques années de cela chez Alcool Nouveau-Brunswick.

Le bonheur du blanc

Après notre visite, nous fûmes conviés par Monsieur Marty à faire une petite dégustation des produits du Château Talbot.  C’est alors que nous avons connu un pur moment de bonheur avec la dégustation d’un rare blanc produit dans le Médoc par  une propriété figurant au rang des grands crus classés.  Georges Cordier, le grand-père des actuels propriétaires, aimait beaucoup les vins blancs et il a été l’un des premiers à planter des vignes blanches en Médoc. Depuis plus d’une semaine, mon épouse et moi avions dégusté que des vins rouges et c’est pour cela que nous étions si heureux de changer un peu de registre gustatif.   J’ai alors fait la découverte du Caillou Blanc 2011.  Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’acheter quelques bouteilles de ce vin d’un millésime plus âgé durant notre séjour.  Ce vin vinifié en barrique, avant d’être élevé sur lies pendant neuf mois, se vend autour d’une vingtaine d’euros à sa sortie en primeur.

Le plaisir des rouges
Une belle dégustation pour débuter la journée!

Enfin, nous eûmes la chance de déguster le Château Talbot et son second, le Connétable, chacun dans le millésime 2008.  Le second vin fut lancé dans les années soixante et c’est d’ailleurs l’un des tout premiers seconds vins du Médoc. Avec le grand vin, on est en présence d’un rouge à la fois fin et robuste, appuyé d’une trame aromatique également puissante. On pourra le boire relativement jeune, soit de 5 à 7 ans, mais il prendra encore beaucoup d’élégance avec l’âge car c’est aussi un champion de la longue garde.  L'œnologue Jacques Boissenot et le consultant Stéphane Derenoncourt, apportent leur touche aux vins de Talbot. 

Nous quittons le Château Talbot et l’appellation Saint-Julien pour notre prochain rendez-vous dans la région voisine de Pauillac alors que nous sommes attendus au Château Lynch-Bages.  Une fin de journée qui s’annonce plutôt bien avec ensuite un retour dans Saint-Julien pour la visite de Château Pichon Longueville.  La vie est belle sous le ciel du Médoc. 

dimanche 14 octobre 2012

Lilian Ladouys : une Québécoise dans les vignes de St-Estèphe


Le monde du vin réserve parfois des surprises et ce n’est pas toujours dans les bouteilles que les découvertes se font.  Lors de notre séjour dans le Médoc, nous sommes allés au Château Lilian Ladouys et là, dans cette propriété de l’appellation Saint-Estèphe, nous avons le plaisir d’être accueillis par Nadine Poudrier, Carmagnac par alliance, une Québécoise responsable de la qualité.

Le Château Lilian Ladouys dans Saint-Estèphe
Elle-même étonnée d’entendre nos accents acadien et québécois, s’est portée volontaire pour nous servir de guide en l’absence de la responsable des visites. Elle nous apprend qu’elle n’est pas la seule Canadienne d’origine à travailler et vivre dans l’appellation St-Estèphe, car il y en aurait une autre chez Montrose.

C’est donc dans une ambiance détendue que nous suivîmes notre Québécoise expatriée. Tout au long de cette visite, avec son petit accent français, elle nous fait mieux connaître Lilian Ladouys. Elle a aussi élaboré un peu sur  les caractéristiques du Château Pédesclaux qui appartient à la famille Lorenzetti, fondateur du Groupe Foncia.  Nous voulions visiter ce château de Pauillac, mais étant donné des travaux de rénovations majeurs qui ne seront pas finis avant les vendanges de 2014, nous nous sommes vus redirigés vers Lilian Ladouys. C’est l’architecte Jean-Michel Wilmotte, ayant conçu les chais modernes de Cos d’Estournel, qui a reçu le mandat de dessiner les nouveaux chais de cette propriété de Pauillac.

Passons aux vignobles et châteaux

Le Château Lilian Ladouys fut longtemps connu sous le simple nom de Ladouys. En fouillant dans l’histoire, on découvre que ce dernier tient son nom de la langue gasconne signifiant «la source», d’où sa proximité d’un ruisseau et du lac du Château Lafite Rothschild.  D’ailleurs, l’histoire de ces deux châteaux est liée, car lors de la construction du Château Ladouys au 16e siècle, par Jacques de Bercoyan, la bâtisse faisait office de dépendance du Château Lafite.   Au 18e siècle, Ladouys fut séparé de Lafite et vendu. Dès lors, on vit apparaître les premiers vins « Ladouys » sur le marché.  En ce qui concerne l’ajout de Lilian dans le nom, cette explication est plus récente. Le nom a été ajouté en 1989 par le propriétaire de l’époque, en hommage à sa femme d’origine suisse, Lilian. 

Avec les difficultés de la première moitié du 20esiècle, dont la crise et les guerres,  le domaine peine à survivre et les parcelles sont pratiquement toutes vendues pour honorer des dettes.  Il faudra attendre le début des années 80 pour voir renaître le Château alors que l’entrepreneur œnophile Christian Thiéblot et son épouse Lilian se lancent dans le rachat de parcelles et font des investissements significatifs dont la reconstruction des chais et des  bureaux en 1987.  On verra naître le premier millésime de ce renouveau, soit avec le 1989. Les Thiéblot doivent malheureusement vendre pour des raisons financières et c’est la banque Natexis qui va devenir  propriétaire des lieux en 1996.  

L’histoire récente du Château Lilian Ladouys passe par la famille Lorenzetti qui fera l’acquisition de la propriété en 2008, et l’année suivante, ils achèteront aussi le Château Pédesclaux, un 5e cru classé du Médoc dans l’appellation Pauillac.


Nous avons visité le cuvier et les chais du Château Lilian Ladouys avec notre guide de souche québécoise.  Elle nous a expliqué que les 120 parcelles du domaine représentent une superficie de 42 hectares en production.  De plus, avec son titre de Cru Bourgeois depuis 2003, le domaine apporte un soin à la sélection des raisins sans être totalement en méthode parcellaire. Pour sa part, Pédesclaux possède 42 hectares dont 36 en production pour l'appellation Pauillac.
Le chai de vieillissement en fût de chêne

Chez Ladouys, on utilise des barriques dites «transport»  pour le vieillissement des vins.  Les barriques de type château sont très jolies avec  des cercles de châtaigniers qui les décorent, mais il en coûte au moins 75 euros par barrique, uniquement pour l’esthétisme. Malgré ce désir d’offrir un look agréable aux barriques, on mise davantage sur la qualité du vin chez Lilian Ladouys.   Pour ce qui a trait au choix des tonneliers, on opte pour un type de chauffe bourguignonne  avec son fournisseur principal, le tonnelier François Frère qui produit une chauffe très longue et à cœur. Ceci représente environ 75% du parc de barriques. Un autre type de tonneau est utilisé, soit Taransaud,  un autre leader charentais de la tonnellerie. Le remplacement de l’ensemble des barriques se fait tous les 3 ans. Le vin principal du Château Lilian Ladouys passe de 16 à 18 mois de vieillissement en fût de chêne.   Le château produit trois vins, soit Château Lilian Ladouys, La Devise de Lilian et La Rousselière.

Chez Lilian Ladouys, l’encépagement est constitué de Cabernet-sauvignon (60%), Merlot (35%) et Cabernet franc (5%) et l’âge moyen des vignes est de 40 ans.  Chez Pédesclaux, cette proportion est de 50% de Cabernet Sauvignon, 45% de Merlot et 5% de Cabernet Franc.   On y produit aussi trois vins, soit le Château Pédesclaux, la Fleur de Pédesclaux et le Haut-Médoc de Pédesclaux.

Il importe de spécifier que les raisins de Lilian Ladouys ne sont pas récoltés en cagettes mais plutôt dans des bacs plastiques de 6 kilogrammes.  Quant à Pédesclaux, on opère davantage de manière parcellaire avec des cagettes et en pratiquant la technique de la gravité.

La dégustation 

Les vins du Château Ladouys
Pour terminer cette journée, et notre visite du Château Lilian Ladouys, nous avons été appelés à déguster du millésime 2009 de Lilian Ladouys mais aussi du Château Pédesclaux.  Du bonheur en bouteille pour cette fin d’après-midi du lundi 27 août.  Fait à souligner en regardant les bouteilles de plus près, vous constaterez la présence d’un liseré bleu.  C’est que le propriétaire, Monsieur Lorenzetti, appartient aussi un club de rugby, soit le du Racing Metro 92, et le bleu est donc un rappel de son appartenance à ce sport et de l'unité du groupe.


Le jour suivant, nous avons une belle programmation alors que nous visiterons successivement les châteaux de Talbot, Lynch Bages et Pichon Longueville avant de mettre le cap sur la région de Saint-Émilion. 

jeudi 11 octobre 2012

Rauzan-Ségla : la fragrance vineuse de Margaux


Après une fin de semaine à l’écart des grands châteaux pour une visite en Charente-Maritime, ma conjointe et moi reprenons la route des châteaux du Médoc.  Notre bref séjour dans la région de Saintes, près de Cognac, nous a donné l’opportunité de découvrir une autre facette de la France.  Nous quittons par le bac de Royan en naviguant sur la Gironde pour nous rendre à nouveau sur la rive gauche et ainsi rejoindre Le-Verdon-sur-Mer, situé à l'extrême Pointe du Médoc, à 100 km de Bordeaux.  Nous profitons de l’occasion pour descendre tranquillement vers le sud alors que nous faisons un bref arrêt pour marcher sur les plages sablonneuses de Soulac-sur-Mer.  Notre prochaine destination nous amène à nouveau dans l’appellation Margaux en début d’après-midi.

350 ans d'histoire pour Rauzan-Ségla
Ayant déjà visité quatre belles propriétés de l’appellation Margaux, nous avons le plaisir d’être reçus au Château Rauzan-Segla, un deuxième cru classé du Médoc qui a célébré ses 350 ans en 2011.   En fait,  c’est Pierre de Rauzan qui acquiert, en 1661, sous le règne de Louis XIV, cette propriété qui va gagner très tôt une solide réputation.  D’ailleurs, après un séjour dans le bordelais, l’ancien président des États-Unis, Thomas Jefferson, en fera une commande de plusieurs caisses. Il importe de préciser que le Château Rauzan-Gassies et le Château Rauzan-Ségla constituaient une seule et même propriété avant leur division pour des raisons successorales à la fin du 18e siècle.  C’est en 1903 que Fréderic Cruze, propriétaire de l’époque, fera construire le château actuel.  C’est l’architecte Louis Garros qui s’inspire du style périgourdin des bâtiments d’origine pour procéder à l’édification de ce dernier. 

Un parfum de renouveau

Notre visite de ce château de la région de Margaux débute par un petit tour des installations techniques avec le cuvier et le chai.  Le vignoble est opéré en culture raisonnée afin d’y accorder le plus grand respect possible à l’environnement.  Les 52 hectares de vignes de Rauzan-Ségla campent pratiquement aux portes du village de Margaux. D’ailleurs, on est à même d’apercevoir, dans certaines parcelles du vignoble, quelques-uns des châteaux les plus prestigieux de l’appellation soit Palmer et Château Margaux pour ne nommer que ces deux noms.  
Chai de Rauzan-Ségla

L’encépagement de Rauzan-Ségla est constitué de Cabernet sauvignon majoritairement avec 54%, de Merlot à 41% et du Petit verdot à 4%, tandis que le Cabernet franc est présent avec un minime de 1%.  Chaque parcelle de vignes est vinifiée séparément dans une cuve en inox thermo régulée.  Une portion de 50 à 60% de barriques neuves sera utilisée selon le millésime, pour favoriser le vieillissement des vins de Rauzan-Ségla.  Nous avons été conviés à goûter le fruit de ce travail méticuleux avec le millésime 2006 et le 2007 du grand vin.  Nous aurons aussi la chance de savourer le 2006 du Ségla qui est le second vin de la propriété.  Ce vin issu de jeunes vignes provient de l’ancien vignoble du Château Lamouroux.  Le Ségla a profité des améliorations techniques apportées à Rauzan-Ségla tant au niveau des chais que dans la vigne, suite au rachat de la propriété par la famille Wertheimer en 1994.  Cette famille est aussi propriétaire de la maison de haute couture Chanel.  Cette acquisition a amené un parfum de renouveau au domaine, avec un mandat clair de redonner les lettres de noblesse de ce château.

Quant un couturier habille les bouteilles…

Karl Lagerfeld et l'habillage du 2011
Pour souligner le 350eanniversaire du domaine et pour souligner le fabuleux millésime 2009,  Rauzan-Ségla s’est assuré de la prestigieuse collaboration du couturier, designer, photographe, et réalisateur allemand, Karl Lagerfeld, qui a  dessiné l’étiquette pour l’occasion.  Cette idée d’étiquette provient du fait qu’à son 300e anniversaire en 1961, le château avait déjà édité une étiquette originale.  En dévoilant en 2011 ce nouvel habillage d’un seul millésime, il semble que le milieu traditionnel du vin de France n’a pas été très tendre quant aux résultats.  Certains l’ont comparé à une bouteille de Beaujolais nouveau. La réception aurait été meilleure semble t-il auprès du public nord-américain.  Ce n’était pas une première expérience pour Karl Lagerfeld qui s’était penché sur le design la prestigieuse cuvée 2007 de Dom Pérignon, « Une bouteille nommée Désire ».

Le vin de Rauzan-Ségla est assurément de retour dans l’élite des châteaux de l’appellation Margaux.  Avec comme directeur technique John Kolasa, ancien directeur commercial du château Latour à Pauillac, ce second cru classé du Médoc a su retrouver sa réputation en produisant des vins remarquables et d’une qualité constante.  

Nous avons quitté la région de Margaux en milieu d’après-midi pour nous diriger vers la région de St-Estèphe pour découvrir le Château Lilian Ladouys, un domaine qui partage les mêmes propriétaires que le Château Pédesclaux.  Une visite à lire dans mon prochain récit sur Le Tire-bouchon.
On distingue aussi le Château Palmer



lundi 8 octobre 2012

Beychevelle; le vin dans les voiles


Lors de la journée du vendredi 24 août, nous avions décidé de prendre ça un peu plus mollo.  Avec seulement deux visites au programme,  nous nous étions gardé le Château Beychevelle pour terminer cette semaine dans le Médoc.  Nous avions un projet pour le week-end, soit d’aller visiter des amis de la région de Saintes, près de Cognac.

À notre arrivée aux abords de Saint-Julien, en revenant de Pauillac, nous sommes captivés par ce décor bucolique.  Des vignes bordent la route  et de magnifiques châteaux aux noms à faire rêver défilent sous nos yeux. Château Pichon-Longueville, Latour, Château Léoville-Poyferré, Château Branaire-Ducru et nous voilà enfin devant Beychevelle  avec quelques minutes en avance. 
Beychevelle en beauté même sous les nuages

Malgré un léger malentendu concernant la confirmation de notre présence, une responsable des visites, Madame Susan Glize, va nous faire découvrir les charmes de ce 4e cru classé de l’appellation Saint-Julien.  Ne pouvant cacher son charmant accent britannique, cette dame œuvrant au château depuis plus de 20 ans, nous fait découvrir tous les recoins de ce fabuleux site. Une visite inoubliable grâce aux bons soins de cette charmante personne.

Un peu d’histoire

D’abord, il faut préciser que le premier château a été construit en 1565 par l'évêque François de Foix-Candale.  La nièce de ce dernier épousa Jean Louis de Nogaret de la Valette, grand amiral de France et gouverneur de Guyenne qui en deviendra propriétaire.  Surnommé « le demi roi » puisqu’il était l’un des mignons d’Henri III,  les bateaux passant devant son domaine, devaient affaler les voiles en signe d'allégeance, tellement l’homme était puissant.  C’est en effectuant ce mouvement dit de « Baisse voile », soit Beychevelle dans le langage ancien, que naîtra l'emblème du domaine.  D’autres explications sont liées davantage aux dangers de la navigation à cet endroit de la Gironde, alors que les marins baissaient les voiles pour mieux contrôler leur bateau.

C’est toutefois en 1757 que le château sera  réédifié par le marquis de Brassier.  Cette famille permettra au vin de s’illustrer au 18e siècle puis vers 1890, la famille Achille-Fould y règnera en dynastie pendant plusieurs générations.  En 1986, la  GMF (Garantie mutuelle des fonctionnaires) et le groupe japonais Suntory rachetèrent l'ensemble du domaine à la famille Achille-Fould.  De nos jours, le Groupe Castel, avec le groupe japonais Suntory, appartiennent  chacun 50% de cette superbe propriété considérée  Le Versailles du Médoc.

Les vignobles et les équipements de vinification

Le vignoble de Beychevelle n’est pas constitué d’un seul tenant.   Les 77 hectares sont répartis un peu partout au sein de l’appellation de Saint-Julien.  À quelques reprises dans l’histoire, les propriétaires du château ont dû vendre des parcelles de vignes pour honorer des dettes.  C’est ainsi que certaines vignes près de Beychevelle appartiennent au Château Ducru Beaucaillou.  On retrouve des vignes de Beychevelle au village et en longeant aussi la route des châteaux.  Pour ce qui a trait à l’encépagement, on retrouve une majorité de Cabernet sauvignon (62%) et du Merlot  (31%).  On retrouve également de petites quantités de Cabernet franc (5%) et du Petit Verdot (2%).

Le cuvier : inox et béton
Beychevelle appartient aussi 13 hectares dans la région de Cussac dans l’appellation Haut Médoc.  Depuis près de 30 ans, on y fait la production d’un vin appelé Les Brulières de Beychevelle et plus récemment, on a aussi commencé à y faire des expériences en mode bio.

Pour l’élaboration du grand vin de Beychevelle et de son second,  l’Amiral de Beychevelle, les installations ont été améliorées au fil des années.  Depuis 2003, on utilise d’ailleurs quatre tables de tri au lieu de deux comme c’était le cas auparavant.

Il y a eu aussi quelques modifications au cuvier alors que 6 cuves en inox ont été ajoutées en 1984. En 1992, on a décidé de couper trois cuves en deux.  Des cuves plus récentes en béton ont été ajoutées en 2006.  Il y encore des cuves plus anciennes qui existent depuis 40 à 50 ans. D’après Madame Glize, des travaux au cuvier devraient être effectués encore d’ici les deux prochaines années.   Fait à souligner,  avec le Château Lascombes en Margaux, Château Troplong Mondot et Château Faugères dans le Saint-Émilionnais, ce Grand Cru de Saint-Julien utilise aussi le système OXOline qui facilite les opérations de soutirage et l’entretien des barriques en fût de chêne.

Les vins de Beychevelle

Notre visite s’est poursuivie dans les chais du château.  Il importe de préciser que le potentiel de garde du grand vin est élevé avec certains millésimes qui peuvent résister de 20 à 30 ans et plus.  Le grand vin séjourne d’ordinaire pour une période de 18 mois en fût de chêne français.  Quant à l’Amiral, le second vin, on va le faire vieillir d’ordinaire une douzaine de mois et on utilise même une petite portion de fût de chêne américain, ce qui n’est pas pratique courante dans le Médoc.   On a d’ailleurs la chance de découvrir l’élégance et la finesse des vins de Beychevelle avec la dégustation du savoureux millésime 2009.  L’Amiral de Beychevelle est constitué de 58% de Cabernet sauvignon et 36% de Merlot. Quant au grand vin, Parker ne s’est pas gêné pour qualifier ce millésime comme étant le meilleur Beychevelle depuis 1982.  Sa note de 93 points confirme ni plus ni moins le talent de vinificateur de Philippe Blanc.   L’Amiral ne donne pas sa place aussi avec cette belle fraîcheur, des tanins légèrement fondus qui laissent entrevoir un superbe potentiel de vieillissement avec sa finale en longueur.  Après avoir goûté quelques vins médocains du millésime  2009 avec Montrose et Beychevelle,  je suis déjà convaincu que ma liste de cadeaux souhaités pour Noël prochain pourrait s’avérer assez liquide! 

La semaine à venir s’annonçait déjà excitante alors que nous allions visiter Rauzan-Segla, Talbot, Pichon Longueville et Lynch-Bages.  Toutefois, j’anticipe également notre petit séjour dans l’appellation Saint-Émilion à partir du mercredi 29 août.  Que de belles surprises gustatives en réserve…

vendredi 5 octobre 2012

L'apothéose au Château Montrose


Après presque une semaine dans la région du Médoc, nous avons déjà visité quelques grands châteaux ayant la mention de grand cru du classement de 1855.  Après Lascombes, Parker, Giscours, du Tertre, Cos d’Estournel, Pontet Canet et Mouton Rothschild, nous mettons le cap en matinée vers l’appellation Saint-Estèphe pour la visite du Château Montrose, un second cru classé.

C’est une journée nuageuse mais il y a beaucoup de soleil dans nos têtes à l’idée de pouvoir visiter les installations de cette sublime propriété viticole qui a vu sur la Gironde.
Très bien exposé, sur les bords de ce cours d’eau,  le vignoble surplombe l’estuaire
et s'étend sur 94 hectares d'un seul tenant, ce qui est une rareté dans le Médoc.  Cette proximité de l’eau est aussi probablement à l’origine de son nom Montrose, (ne pas prononcer le t) car les marins faisant route en bateau vers Pauillac et Bordeaux, reconnaissaient bien les landes de bruyères sauvages qui couvraient alors ce coteau, avec sa jolie teinte à floraison rose.
Rencontre avec le directeur général Hervé Berland

Accompagné de ma conjointe Barbara et de notre photographe de la journée, Gilbert Martin-Guillou, nous nous sommes donc présentés à notre rendez-vous.  C’est nul autre que le directeur du château, Monsieur Hervé Berland, qui nous accompagne pour cette visite.  D’une tenue vestimentaire tirée à quatre épingles, notre hôte occupe ces nouvelles fonctions seulement depuis quelques mois.  En fait, Monsieur Berland devait se retirer après une carrière de 30 ans au Château Mouton Rothschild.   Cependant, il n’aura pas eu le temps de profiter de cette retraite, car une offre des frères Bouygues viendra stimuler son désir à relever de nouveaux défis à Montrose.

En terroir connu

Je dois avouer que j’étais moi-même déjà un peu excité à l’idée de visiter Montrose car j’avais déjà été séduit par quelques dégustations de ce grand cru du Bordelais avec notamment un millésime 1970 qui figure d’ailleurs dans le top 20 de mes vins émotions dans le Guide Griffin 2012.   Quant au second vin de la propriété, soit La Dame de Montrose, j’ai eu aussi la chance de déguster ce vin à quelques reprises dans différents millésimes, dont le 1998.   Je connaissais donc le terroir de Saint-Estèphe d’un point de vue gustatif et spécialement celui du Château Montrose.

Un coup d'oeil au vignoble de Montrose
Nous avons donc entamé la visite en parcourant les bâtiments techniques, là où le vin prendra naissance en quelque sorte.  Nous allons donc visiter le cuvier.  C’est dans de vastes  cuves d’acier inoxydable que l’on procède aux fermentations alcooliques et qui durent une vingtaine de jours.  On va aussi effectuer plusieurs remontages par jour, dans le but de favoriser l’échange pellicules-pépins/jus. Ensuite, des pré-assemblages entre lots de même cépage, de qualité identique, seront effectués dès les écoulages, avant de procéder aux fermentations malo-lactiques.  C’est habituellement au mois de novembre que les dégustations d’assemblage débutent. Les vins sont assemblés dès le mois de décembre et descendus en barriques au mois de janvier.  Pour le grand vin du château, l’élevage en fût de chêne français consiste à environ 60% de barriques neuves, issues de plusieurs tonneliers rigoureusement sélectionnés,  et 40% en barriques d’un vin. L’élevage dure 16 à 18 mois selon les millésimes.  Pour La Dame de Montrose, cette proportion de barriques neuves est environ 15 à 20%, et la durée moyenne d’élevage est de 12 mois.  Lorsque nous avons visité Montrose, il y avait aussi d’importants travaux notamment  avec la construction d’un deuxième chai ultramoderne qui sera surplombé par une salle de réception et de dégustation.   Nous avons visité l’ancien chai qui abrite le millésime 2011 et des employés s’activaient à l'exécution du soutirage des barriques à l’aide d’une chandelle, une opération qui sera effectuée à tous les trois mois durant cette phase de vieillissement.   Les deux chais vont donc être utilisés en alternance dans le futur, lorsque les travaux seront terminés.


Plus vert que jamais

Montrose en harmonie avec son environnement
Je ne m’étendrais pas sur la riche histoire du Château Montrose, je préfère vous convier à visiter la section à cet effet sur le site officiel du Château.  Je préfère plutôt vous parler des années plus récentes avec les nouveaux propriétaires du domaine depuis environs 6 ans. C’est d’ailleurs avec le rachat de Montrose en 2006 par les Bouygues, qu’un vaste programme de rénovation du site avec des objectifs environnementaux a été déployé. Les deux frères Olivier et Martin désirent faire de la propriété un modèle et une vitrine des nouvelles technologies en matière de développement durable.  Montrose est donc devenu un site qui opère en énergie positive. En effet, on a développé un programme de production énergétique permettant l’équilibre annuel des consommations totales d’énergie finale et la production d’énergie locale à partir d’énergies renouvelables.  Ce qui n’est pas facilement visible sur le site, c’est aussi la présence de plus e 3000m² de panneaux photovoltaïques, sur les différents toits des bâtiments, ce qui permet de produire l’équivalent de près de 400kw sur l’ensemble du site.  Montrose utilise aussi la production thermo-frigorifique géothermique à partir de l’eau de la nappe phréatique et de la pompe à chaleur eau/eau.   On limite aussi le recours à l’eau de ville en pratiquant la récupération des eaux de pluie, recyclage des eaux usées, etc.


On passe aux choses sérieuses…

Après avoir visité les lieux, Monsieur Berland va nous accueillir dans une petite salle de dégustation où quelques bouteilles sont étalées.  Monsieur Berland nous propose de faire d’abord la dégustation de quelques vins d’une autre propriété des frères Bouygues acquise aussi en 2006, soit le Château Tronquoy-Lalande.  Nous avons l’opportunité de déguster le millésime 2011 de ce vin promu au rang de Cru Bourgeois Supérieur au classement de 2003. Nous goûtons aussi au second vin de ce domaine soit le Tronquoy de Sainte-Anne avec le millésime 2011.  Cette propriété viticole de 30 hectares,  dont 18 hectares de vignes sur des croupes graveleuses situées face à l’estuaire de la Gironde,  figure parmi les plus anciens domaines de la région Saint-Estèphe. Le château existait déjà au 18e siècle parmi les premiers vins rouges qui surent se distinguer grâce aux vertus de leurs terroirs.  Nous avons été sérieusement gâtés par la suite en ayant l’opportunité de déguster le Château Tronquoy-Lalande avec le millésime de tous les superlatifs, soit le 2009.  Malgré une stature solide et une trame tannique puissante, la finesse et l’élégance était au rendez-vous dans le verre. Il était quand même 10 h 45 am, ce qui n’est pas dans les habitudes de tous de prendre du vin en guise de petit déjeuner.
Le soutirage, une opération délicate.

Nous n’avions pas encore goûté aux produits du Château Montrose et le plaisir ne faisait que débuter.  Nous avons eu la chance de savourer le millésime 2011 de Montrose et de son second,  La Dame de Montrose.  Nous prenons plaisir à faire tourner ces beaux vins dans leur verre d’autant plus que ce privilège ne sera pas possible aux consommateurs en général avant la commercialisation de ce millésime vers la fin de l’été 2013.  Puis comme toute bonne chose n’arrive pas seule, nous voyons devant nous une bouteille du Château Montrose que va nous servir Monsieur Berland afin que l’on puisse goûter à l’apothéose signée Robert Parker.  En effet, lors de la révision du millésime 2009 le printemps dernier, le célèbre critique a consacré le millésime 2009 du Château Montrose, par la note la plus élevée soit un 100 sur 100!  Inutile de vous dire que je n’ai pas recraché ce vin, dont nous avions l’honneur de découvrir directement à son lieu de naissance.  Le Château Montrose 2009 que j’ai aperçu chez un caviste à 320 euros la bouteille figure au sein de 19 crus du bordelais qui ont obtenu la note de 100. La liste de ces 19 vins est disponible par le biais de cet article.  Pour Montrose,  il ne s’agit pas d’une première pour une note parfaite de Parker, car le 1990 avait aussi obtenu ce résultat.  Avec ses 13,7% d’alcool dans le 2009, il s’agit du taux d’alcool le plus élevé pour un millésime de ce grand vin.  Avec ses 65% de Cabernet sauvignon, de 29% de Merlot et petites quantités de Cabernet franc et Petit Verdot, il est voué à un potentiel de garde qui pourrait dépasser l’année 2050.

Voilà pour notre début de journée en ce vendredi d’août. Nous allons prendre ensuite notre lunch du midi dans un sympathique restaurant de Pauillac, à La Salamandre. Cela va permettre à nos papilles gustatives de redescendre du nirvana,  en attendant notre prochain rendez-vous au Château Beychevelle, dans l’appellation Saint-Julien que j’adore. 

Attention: les photos dans ce texte sont la propriété protégée du photographe Gilbert Martin-Guillou.

mercredi 3 octobre 2012

Vivre l’expérience de vigneron avec Crushpad

Le nouveau chai de Crushpad
En août dernier, j’ai profité de mon séjour dans le Médoc pour visiter le Château Lynch-Bages. Annoncé en avril dernier un partenariat a été signé entre cette prestigieuse entreprise viticole de Pauillac et Crushpad, leader mondial de la vinification personnalisée. Cette entente vise à développer à Bordeaux des prestations personnalisées de type Crushpad, à l’intention des passionnés de vin du monde entier. Crushpad a donc installé son propre chai de vinification à Pauillac, près de Lynch‐Bages, dans le village de Bages, afin de s’adresser à une large clientèle internationale dans un environnement prestigieux. Avec ce partenariat, Crushpad fournira le cadre d’une gamme complète de prestations relatives à la vinification personnalisée. Les clients de Crushpad pourront bénéficier sur place d'une infrastructure dédiée et du savoir faire viticole des oenologues de château Lynch‐Bages. Il s’agit d’une expérience hors du commun pour un amateur d’avoir la possibilité de suivre personnellement son vin tout au long des différentes étapes de son élaboration

Avec l’aide de viticulteurs et de vignerons compétents et de l’oenologue réputé Eric Boissenot, Crushpad incite ses clients à concourir pleinement au processus de production ‐ conception, vinification, assemblage, mise en bouteilles, création de la marque et de l'étiquette ‐ de leur propre vin, qui pourra être destiné à leur consommation personnelle, mais aussi à la vente.

Stephen Bolger, dg de Crushpad France
Avec un chai de vinification à Bages et grâce à l'expertise Lynch-Bages, Stephen Bolger, directeur général de Crushpad France, a accepté de rencontrer Le Tire-bouchon pour nous expliquer ce projet. Le cuvier de Crushpad à Bages sera opérationnel pour les vendanges 2012. Pour en savoir davantage nous vous proposons d’écouter cette entrevue avec Monsieur Bolger.

Fondé en 2004 à San Francisco, la société Crushpad s’adresse aux particuliers amateurs de vin, individuels, clubs ou petites entreprises et propose de produire de façon artisanale, en Californie et à Bordeaux, de 1 à 1.000 barriques s de vin de qualité issu des vignobles les plus réputés.

Pour plus de renseignements, consultez www.crushpadwine.fr
Crédit des photos : Gilbert Martin-Guillou

lundi 1 octobre 2012

Pontet Canet : des vins dans le respect du terroir et de l'environnement


Classé cinquième grand cru dans la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855, le Château Pontet Canet est situé dans l’appellation Pauillac. La propriété n'a connu que trois différentes familles de propriétaires durant toute son histoire soit les Pontet, les Cruze et les Tesseron.

C’est d’abord  Jean-François de Pontet, grand écuyer du roi devenu gouverneur du Médoc, qui rassemblera au début du 18e siècle, plusieurs parcelles de terres situées à Pauillac. Ses descendants y ajouteront par lasuite les vignobles mitoyens du lieu dit Canet.  La famille de Pontet est restée propriétaire jusqu'en 1865 et c’est elle qui va donc donner naissance à un des plus vastes domaines viticoles du Médoc.
Des bouteilles d'un 5e cru qui valent leur pesant d'or

Herman Cruse acquiert Pontet Canet donc 10 ans après que le fameux classement de 1855 intègre le vin à l’élite de la viticulture médocaine.  La famille Cruse était une riche famille de négociants bordelais. Ils possédaient plusieurs propriétés prestigieuses comme le château Rauzan-Ségla ou le château Giscours.  À la fin du 19e siècle, la famille Cruse modernise les installations et le processus de vinification et restera propriétaire du domaine jusqu'en 1975.   

Après 110 ans de règne sur la propriété, la famille Cruse vendra Pontet Canet à un autre négociant venu de Cognac, soit Guy Tesseron.  Ce sont d’ailleurs ses descendants, son fils Alfred et ses nièces Mélanie et Philippine, filles de Gérard Tesseron, qui possèdent le domaine.  Après plus de 37 ans de présence en Pauillac, la famille Tesseron a entièrement restructuré le vignoble au fils des années, de même que rénové l’outil technique et les bâtiments d’exploitation.  Nous avons eu la chance de partager un moment unique de dégustation avec Monsieur Alfred Tesseron qui s’est même prêté à une entrevue que je vous invite à visionner en suivant ce lien.

Au cœur de Pauillac l’expression du Cabernet sauvignon

Notre accueil à Pontet Canet diffère de la majorité des endroits que nous avons visités depuis le début de notre périple dans le Médoc.   Nous sommes conviés à monter à bord d’une voiturette de golf électrique qui nous permet de parcourir le vignoble et prendre connaissance des différentes caractéristiques de son relief, ses sols et ses différentes parcelles.  Cette gentille demoiselle va donc nous guider sous ce magnifique soleil du mois d’août à travers ces rangs de vignes qui s’alignent comme des soldats qui attendent la revue militaire par un supérieur.  Les terres du Château Pontet-Canet se situent au cœur de l’appellation Pauillac, au sud des vignobles de prestigieux voisins soit Mouton Rothschild et d’Armailhac. Le vignoble de Pontet-Canet fait plus de 80 hectares avec une forte présence de cabernet sauvignon (62%), un cépage signature des grands vins de Pauillac. Il est assemblé avec du merlot et du cabernet franc, et parfois du petit verdot en fonction des millésimes.

Quand le terroir est une passion

C’est Alfred Tesseron qui a insisté fortement pour y établir une sévère politique de gestion parcellaire. Grâce à cette vigilance exercée depuis des années, Pontet Canet s’est développé avec une philosophie affichée qui consiste d’intervenir le moins possible, mais le plus naturellement possible dans le vignoble en adoptant une approche biodynamique.  C’est ainsi que l’on en est venu à bannir tout désherbant chimique et favoriser la protection de l’environnement et l’intégrité de la vigne,  en pratiquant une gestion extrêmement rigoureuse.   Depuis quelques années, on a assisté à un retour du travail assisté par des chevaux dans le but de cultiver la vigne et éviter le compactage du sol.  C’est maintenant plus de 24 hectares du vignoble qui sont cultivés au cheval sans intervention de tracteur. Aux dires de son propriétaire qui caresse l’objectif d’étendre cette pratique à 100% du vignoble n’est pas pour le folklore pour favoriser un rapprochement à la nature et permettant aussi d’être encore plus conséquent envers le respect des ceps de vigne et du terroir.  D’ailleurs, il faut voir cet homme aux yeux bleus comme le ciel qui s’exprime avec un amour inconditionnel lorsqu’il parle de ce vignoble.  


La gravité : une ancienne tradition vinicole

Construit au XIXe siècle, un cuvier à étage permet de descendre la vendange dans les cuves de chêne, par gravité naturelle, sans pression ni pompage. Les extractions se font lentement, ce qui permet d’extraire seulement les meilleurs tanins. En s’inspirant de ce modèle exemplaire, Alfred Tesseron a fait construire sa version moderne en 2005.  On a donc mis en place un nouveau cuvier sur ce principe, dont chacune des 32 cuves tronconiques en béton pèsent 9 tonnes, et possède une capacité de 80 hectolitres chacune.  Phénomène assez visible dans le Médoc, il  y a de plus en plus de châteaux qui reviennent à cette pratique traditionnelle de l’utilisation de la gravité, afin de respecter le raisin et ses qualités optimales.  Les travaux de plus de 30 millions d’euros au Château Cos d’Estournel dans St-Estèphe constituent l’exemple le plus évident.
Les nouvelles cuves en béton depuis 2005

C’est n’est d’ailleurs pas un geste à l’aveuglette chez Pontet Canet, car ce projet a été  piloté par Alfred Tesseron de concert avec l’œnologue Michel Rolland, l’architecte Christophe Massie, et le régisseur du Château, Jean-Michel Comme qui ont contribué à cette réflexion et sa mise en œuvre.  

Bien que notre visite se soit déroulée en présence de notre guide, nous avons été rejoint par Monsieur Tesseron pour la dégustation au deuxième étage.   Avec une vue imprenable sur le vignoble nous avons dégusté le millésime 2011.  Monsieur Tesseron visiblement fier de ce vin, qui sera commercialisé seulement qu’à la fin de l’été 2013, décrivait ce millésime en rendant hommage à ceux qui ont rigoureusement besogné pour  obtenir ce résultat.  Tel un père fier de ses enfants, il avait des étincelles dans les yeux à chaque gorgé qu’il prenait. C’est ni plus ni moins une manifestation de l’amour du métier.  D’ailleurs ce succès est d’autant plus significatif car depuis 2010,  le château Pontet-Canet est le seul domaine parmi les grands crus classés du Médoc à être certifié agriculture bio, et par surcroit en agriculture biodynamique.

Après une telle fin de journée et une rencontre inoubliable avec un homme de terroir, nous quittons la région de Pauillac en préparation d’une journée plus tranquille avec deux châteaux au programme pour finir notre première semaine dans la région de Bordeaux.  Avis aux intéressés, je vous parle de Montrose et Beychevelle dans mes prochains reportages.

jeudi 27 septembre 2012

Giscours et du Tertre, visite de deux Grands Crus de Margaux


Notre marathon des visites dans le Bordelais en ce jeudi 23 août 2012 s’est poursuivi dans la région de Margaux où deux châteaux appartiennent à l’homme d’affaires de nationalité néerlandaise,  Éric Albada-Jelgersma. C’est grâce à notre rencontre à Las Vegas au printemps dernier avec le directeur général du Château Giscours et Château du Tertre, Monsieur Alexander Van Beek, que nous avons eu le privilège d’être reçus à ces deux propriétés de l’appellation Margaux.  En fait, nous étions au Grand Tasting Tour du Wine Spectator en mai quand nous avons fait un arrêt à la table de Monsieur Van Beek.  Après lui avoir laissé une copie de mon livre et quelques échanges par courriel, nos visites furent confirmées.

L’histoire de deux crus
L’histoire de Giscours remonte aussi loin que le XIVe siècle, mais c’est à partir de 1552 que la maison  « Guyscoutz » fût fondée par un vaste domaine et la plantation des toutes premières vignes, avec l’acquisition de Pierre de Lhomme, un riche drapier bordelais.  C’est cependant au XIXe siècle, sous l’impulsion des Promis, des Pescatore et autres Cruse que Giscours se transforme en palais néoclassique agrémenté d’un parc aux essences rares conçu par le paysagiste Eugène Bülher.  De nombreux propriétaires se succèdent au XXe siècle, jusqu'au rachat de Giscours par Nicolas Tari en 1952.  Ce dernier sera remplacé en 1970 par son fils Pierre qui poursuivra la modernisation.
L'imposant Château Giscours

Au début de l'année 1995, la direction de l'exploitation est assurée par Eric Albada Jelgersma qui a aussitôt investi dans la rénovation du vignoble et des bâtiments d'exploitation. Il s'est entouré d'une équipe renouvelée qui dirige aujourd'hui
Giscours et s'inscrit dans la continuité des générations de viticulteurs qui ont fait de ce domaine un troisième Grand Cru classé de renom. 

L’histoire du Château du Tertre,  situé à Arsac en Gironde, diffère un peu.  Classé cinquième grand cru dans la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855,  son histoire débute au moment où Thomas de Montaigne épouse Jacquette d’Arsac et devient en 1590 « seigneur des Maisons Nobles d’Arsac et du Castéra et autres en Médoc ».  Bien que le château lui-même soit construit seulement vers 1736,  plusieurs propriétaires s’y succéderont.  C’est Henri de Koenigswater qui en sera propriétaire au XIXe siècle, alors que le château accède au rang de grand  cru du bordelais. 

En 1925, le château du Tertre est acheté par Achille de Wilde, négociant belge, et conservé dans la famille jusqu'en 1952.  En 1997, Eric Albada Jelgersma rachète ce domaine où il réalise d’importants investissements afin d’en restructurer l’ensemble.

Giscours et ses caractéristiques
Lors de notre passage à Giscours, Michael Sanders sera notre guide pour l’occasion.  Il nous permettra de visiter le cuvier, le chai et nous donnera aussi plusieurs détails concernant l’élaboration des vins. Le vignoble de Giscours est composé de 60 % en Cabernet sauvignon, 32%  de Merlot, 5% de Cabernet Franc et 3 % de Petit Verdot.  Exploité sur un peu plus de 80 hectares de graves réparties sur quatre croupes distinctes, le vignoble sert à produire le grand vin du domaine et son second, La Sirène de Giscours.   
Notre guide m'explique l'importance du choix des barriques

Les vins de Giscours sont vinifiés dans des cuves en inox et en béton.  C’est toutefois à l’assemblage des cépages et dans le choix des tonneliers que l’art de l’élevage va se mettre en œuvre comme se plaît de nous l’indiquer notre guide.   Au moment de notre passage, on était sur le point d’acheminer le millésime 2010 pour la commercialisation suite à sa mise en bouteille en juillet dernier.  En fait, le cahier de charge de l’appellation Margaux autorise la commercialisation à partir du 1er septembre.   Nous avons pu admirer les barriques du 2011 qui se retrouveront en bouteille au courant de l’année prochaine et qui se retrouveront à leur tour sur le marché en septembre 2013.   Près de 1500 barriques du millésime 2011 dorment tranquillement dans le chai.  Le grand vin du domaine séjourne dans du fût de chêne français dont 50% dans du neuf, tandis que le second en utilise seulement 20%, ce qui fait en sorte qu’il y a renouvellement complet des barriques à tous les 4 ans.

Le 2011 n’est pas encore assemblé.  Il repose dans les barriques cépage par cépage et aussi en respectant les différentes parcelles du domaine.  Le choix des tonneliers est une étape aussi très importante en prévision de l’assemblage. 
Dans la salle de dégustation de Giscours

Chez Giscours, comme dans plusieurs propriétés du Médoc, on fait appel à 8 tonneliers avec des chauffes particulières.   Cette sélection est importante afin de favoriser le développement des arômes tertiaires qui vont naître et évoluer dans les barriques et ensuite en bouteilles.
Selon les types de chauffes des différents tonneliers, on obtiendra des arômes fumés, boisés,  grillés, toastés ou même aux parfums de chocolat, de clou de girofle, noix de coco, de cannelle, de torréfaction et autres.   Une équipe de 5 personnes sera impliquée dans l’élaboration du vin et dans son assemblage.   Deux œnologues, le maître de chai, le directeur et le propriétaire auront leur mot à dire dans le produit au final.   L’œnologue du Château Giscours est Éric Boissenot, tandis que Denis Dubourdieu agit comme œnologue et consultant externe.

Lors de notre visite à Giscours, nous avons été en mesure de déguster quelques millésimes du grand vin et son second.  Nous avons dégusté du 2006 et du 1998 de Château Giscours, ainsi que son second, La Sirène de Giscours, soit un 2003 et un 2005. Nous avons également été en mesure de déguster le 2005 du Château Duthil qui est vinifié par l’équipe de Giscours, mais dont le vignoble de 5 hectares est situé sur la commune du Pian Médoc, au coeur de l’appellation Haut-Médoc.  


Une visite écourtée au Château du Tertre

Les vins du Château du Tertre
Enfin, nous avions prévu une visite au Château du Tertre mais notre horaire assez chargé durant cette journée nous obligera à faire une visite beaucoup moins élaboré à cet endroit.  Notre gentille hôtesse nous a guidés, lors d’un tour éclair, dans le vignoble, dans le cuvier et dans les chais, pour ensuite nous amener à l’étape de la dégustation de ce 5e cru classé et son second vin,  soit Les Hauts du Tertre.   Nous avons goûté le Château du Tertre 2006 et son second du millésime 2003.  

Bien que nous ayons apprécié les vins présentés plus tôt au Château Giscours, je dois avouer que le style plus fin des vins du Château du Tertre m’a plu davantage.  Comme on dit, il n’y a pas de mauvais vins, surtout dans le bordelais, il y a simplement des goûts différents.

Nous quittons la région de Margaux et le Château du Tertre vers 15 h 35,  car nous avons un dernier rendez-vous en cette journée du 23 août.  Notre destination finale nous mènera vers la région de Pauillac pour une visite très attendue de Pontet Canet.  Comme le dit si bien l’une de mes bonnes amies, la misère est vraiment optionnelle.